C’est son tout dernier poème et l’occasion pour nous de saluer un grand homme de lettres belge qui vient de nous quitter.

Il avait, de tout temps, sollicité sa mort 
cherchant, avant le terme, à convenir déjà, 
des tours et détours que prendrait ce trépas 
sachant que par-delà, manquerait tout encor.

Il savait de toujours, dès l’âge trébuchant, 
où il pouvait passer debout dessous les tables 
qu’il marchait, droit devant, vers le sort immuable 
réservé à l’humain irrévocablement.

Il ne se plaignait pas, se pliait au destin, 
il cherchait seulement quel y serait son rôle 
refusait d’être objet, victime, simple drôle, 
marionnette aliénée aux jeux de ses filins. 

Il savait que très tôt il lui faudrait créer 
entre son arrivée et son adieu au monde 
sa légende à lui seul, son rôle dans la ronde, 
dans cet arpent de temps qu’il pouvait gouverner. 

C’est là qu’est ma partie ! découvrait-il, heureux 
de disposer d’un peu de jeu dans l’engrenage 
d’un infime fragment, d’une furtive page 
dans le grand livre écrit de la plume de dieu.

Homme de culture par excellence, Jacques De Decker est décédé dimanche 12 avril 2020. Né à Schaerbeek le 19 août 1945, il avait été durant de longues années, membre du service culturel du Soir qu’il avait dirigé de 1985 à 1990.

Touche-à-tout, homme-orchestre, s’intéressant à tous les domaines et multipliant les casquettes, il fut en même temps : auteur, traducteur, adaptateur, journaliste mais aussi professeur. Outre la traduction, il enseigna à l’Insas puis au Conservatoire de Bruxelles, transmettant aux étudiants sa passion pour l’histoire du théâtre et du cinéma.

En plus de ses activités multiples, il trouve également le temps d’écrire ses propres textes, publiant son premier roman, La grande roue, en 1985. Inspiré de La Ronde de Schnitzler, l’ouvrage édité chez Grasset est repris d’emblée dans la première sélection pour le prix Goncourt et sera traduit dans plusieurs langues. D’autres suivront dont Parades amoureuses (sélectionné, lui, pour le Renaudot) et Le ventre de la baleine inspiré par l’affaire Cools.

QUESTIONNAIRE DE PROUST, datant de 2009 pour le magazine littéraire Mille-Feuilles.

1. Dix mots pour vous présenter ?
Jacques De Decker : Lunettes. Clavier. Crayon. Rivage. Cité. Cravate. Baignoire. Rêverie. Mélodie. Caresse.

2. Votre principal trait de caractère ?
JDD : La passion

3. Votre premier bonheur littéraire ?
JDD : D’avoir écrit une première fable, je devais avoir onze ans.

 4. Votre mot préféré ?
JDD : Epiphanie. Une de mes pièces porte ce titre.

5. Le mot que vous détestez ?
JDD : Ordre

6. Vos auteurs favoris ?
JDD : Tchekhov. Ibsen. Gracq. Goethe. Cocteau

7. Vos poètes préférés ?
JDD : John Donne. Apollinaire. Valéry. Liliane Wouters. Hugo Claus.

8. Votre genre préféré ?
JDD : Le théâtre.

9. Quelle est la qualité que vous préférez chez un(e) écrivain(e) ?
JDD : L’évidence

10. Pour quel défaut avez-vous le plus d’indulgence chez un(e) écrivain(e) ?
JDD : La naïveté.

11. Quel est votre héros favori dans la fiction ?
JDD : Thyl Ulenspiegel.

12. Quelle est votre héroïne favorite dans la fiction ?
JDD : Mathilde de la Mole.

13. Quel auteur rêveriez-vous de rencontrez ?
JDD : Pour l’instant, Henning Mankel.

14. L’écrivain que vous ne lirez jamais ?
JDD : Au rythme où ça va, Chateaubriand.

15. L’écrivain(e) dont vous ne vous lassez pas ?
JDD : Simenon

16. Comme qui aimeriez-vous écrire ?
JDD : Comme moi, au meilleur de ma forme ; ça peut arriver.

17. De quel livre aimeriez-vous tirer un film ?
JDD : « Un Mâle », de Camille Lemonnier. J’ai d’ailleurs travaillé à ce scénario pendant des années. Une pile de papier en fait foi.

18. Si on vous demandait d’enregistrer un livre audio, lequel choisiriez-vous de lire ?
JDD : Mon premier roman, « La Grande Roue ».

19. Quel est le titre de votre livre idéal ?
JDD : « Les Hauts de Hurlevent », pour le titre, justement.

20. Quelle est la couverture de votre livre idéal ?
JDD : Celle de « La Marque jaune », d’Edgar P. Jacobs.

21. Quel sera le premier livre numérique que vous téléchargerez ?
JDD : Je l’ai déjà fait : les livrets de Wagner.

22. Quel est votre livre de chevet ?
JDD : Ma table de chevet consiste en un amas de livres

23. Avec quel(le) écrivain(e) aimeriez-vous passer la nuit ?
JDD : Avec Françoise Sagan, dans un casino, jusqu’à l’aube.

24. Quel est le livre que vous offririez à votre pire ennemi ?
JDD : « L’homme sans qualités », en raison du titre, bien sûr.

25. Avec quel livre caleriez-vous un meuble ?
JDD : L’annuaire du téléphone

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