Créé en 1941, le prix Guillaume Apollinaire récompense un recueil de poésie, pour son originalité et sa modernité. Ce prix littéraire prestigieux, considéré comme le Goncourt de la poésie, est sans doute le plus ancien et le plus prestigieux prix de poésie.

Il fut un temps où, présidé par Jean Cocteau, sa remise constituait un événement majeur de la vie littéraire.

Le jury se réunit désormais au Deux Magots et offre une dotation de 3500€ à l’heureux lauréat.

Mercredi dernier, le 20 novembre 2019, le prix fut attribué au poète Olivier Barbarant pour son recueil « Un grand Instant », au cours duquel l’auteur né en 1966 à Bar-sur-Aube compose à la fois son épitaphe et célèbre la vie.

Olivier Barbarant écrit dans ce recueil d’une trentaine de poèmes, qu’il a atteint «le mitan d’un siècle». Et pourtant «il n’était pas prévu qu’il vieillisse. La maladie eût dû, comme tant d’êtres aimés, le faucher à ton tour». Etonné de sa propre survie mais hanté par sa disparition, l’auteur fait le compte de son ambition d’écrivain (touchant «Dernier aveu»), se retourne sur son enfance, chante Paris («Face à Beaubourg une faune assise paraît sur les pavés prier une raffinerie»).

Ici j’ai préféré vous présenter un poème tiré de son précédent recueil « Elégies étranglées », poème par lequel j’ai découvert Olivier Barbarant grâce au critique littéraire Laurent Nunez.

En préambule:

1. L’octosyllabe est un vers très souple (pas de césure): on l’utilise pour se plaindre comme pour sourire
2. Barbarant est un immense lecteur d’Aragon, d’où le ton parfois ‘aragonite’ de ses vers
3. Il a eu perdu son père et sa mère à 8 mois d’intervalle

Ce poème si pudique parle du deuil, de l’impossibilité de partager sa douleur.

D’abord ce fut comme un brouillard
Je marchais hagard j’ignorais
Ce que jetais sous mes regards
Un long couloir de jours abstraits

Je ne savais pas s’il pleuvait
S’il faisait beau Quel maléfice
A la mi-octobre inventait
Une palette d’artifice

Les platanes teintaient de sang
Paraît-il leur paumes de cuivre
Il flottait des airs de printemps
Mais j’avais du mal à tout suivre

Dans cet automne inattendu
La mort redoublait d’invention
Qui l’eût pensé capable du
Comique de répétition

L’avis de décès à écrire
Il fallut contacter la presse
Mais je n’avais dans ma détresse
Plus ma mère pour me soutenir

Huit mois après la même nuit
Les mêmes gens à prévenir
Le deuil et tout ce qui s’ensuit
Le cercueil qu’il fallait choisir

Au bureau du quartier latin
L’employé parlait de couleurs
Un bois clair doublé de satin
Va pour Champagne à l’intérieur

Malgré son ton de compassion
Tous les mots paraissaient obscènes
On murmurait des additions

Combien pour brûler une reine

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